à la maison incessantes vagues de vent poussant et repoussant les frondaisons comme une respiration de la terre le soir venu sur les carrés de lune frétillants dans l’eau de la piscine vol inquiet des chauve-souris autrefois précédé par la transe des hirondelles au trissotement trouant le silence elles se sont tues maintenant dans les bourgs rouge ocre des vieilles maisons contrastant avec le vert foncé des persiennes fatiguées grasses fontaines de pierre et lavoirs encaissés sources de gestes millénaires fins clochers en fer forgé pour que le mistral passe en transparence vers le ciel dans la campagne petits chênes verts immuables musclés enchevêtrés impérissables qui ont oublié les saisons contrairement aux lignes des longues vignes tableaux impressionnistes aux teintes rouillées au détour d’un chemin sec toujours caillouteux surprise du chuintement d’un filet d’eau nerveux sorti par miracle d’un rocher parfois même l’autre miracle la cascade sur les collines ruines des tours de signaux qui nous rappellent un passé où il fallait scruter l’horizon pour survivre incongrues rangées de pins noirs exogènes prêts à exploser en feu d’artifice sur la route en chapelet les uns après les autres villages haut perchés coffres-forts médiévaux respirant le passé hantés maintenant par les nouveaux fantômes venus d'un autre monde les touristes Texte de Luc Fayard

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Parcours de visite en « résonance » entre poèmes et œuvres d’art : un exemple

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La Gazette d’Amavero n°28 – jeudi 6 août 2026

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Par les deux fenêtres qui sont en face de moi, les deux fenêtres qui sont à ma gauche et les deux fenêtres qui sont à ma droite, je vois, j’entends d’une oreille et de l’autre tomber immensément la pluie. Je pense qu’il est un quart d’heure après midi : autour de moi, tout est lumière et eau. Je porte ma plume à l’encrier, et, jouissant de la sécurité de mon emprisonnement, intérieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’air, j’écris ce poème. Ce n’est point de la bruine qui tombe, ce n’est point une pluie languissante et douteuse. La nue attrape de près la terre et descend sur elle serré et bourru, d’une attaque puissante et profonde. Qu’il fait frais, grenouilles, à oublier, dans l’épaisseur de l’herbe mouillée, la mare ! Il n’est point à craindre que la pluie cesse ; cela est copieux, cela est satisfaisant. Altéré, mes frères, à qui cette très merveilleuse rasade ne suffirait pas. La terre a disparu, la maison baigne, les arbres submergés ruissellent, le fleuve lui-même qui termine mon horizon comme une mer paraît noyé. Le temps ne me dure pas, et, tendant l’ouïe, non pas au déclanchement d’aucune heure, je médite le ton innombrable et neutre du psaume. Cependant la pluie vers la fin du jour s’interrompt, et tandis que la nue accumulée prépare un plus sombre assaut, telle qu’Iris du sommet du ciel fondait tout droit au cœur des batailles, une noire araignée s’arrête, la tête en bas et suspendue par le derrière au milieu de la fenêtre que j’ai ouverte sur les feuillages et le Nord couleur de brou. Il ne fait plus clair, voici qu’il faut allumer. Je fais aux tempêtes la libation de cette goutte d’encre. Connaissance de l’Est, Larousse, 1920 source du texte : Wikisource

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Paul Claudel : La pluie

Francis Picabia — Lever de soleil, bords du Loing (1905)art-moderne

Francis Picabia : Lever de soleil, bords du Loing (1905)

Je crois que j'aime les cuisines plus que tout autre endroit au monde. Peu importe où elles se trouvent et dans quel état elles sont, pourvu que ce soient des endroits où on prépare des repas, je n'y suis pas malheureuse. Si possible, je souhaiterais qu'elles soient fonctionnelles, et lustrées par l'usage. Avec des tas de torchons propres et secs, et du carrelage d'une blancheur éblouissante. Mais une cuisine affreusement sale me plaît tout autant. Ce lieu où traînent des épluchures de légumes, où les semelles des chaussons deviennent noires de crasse, je le vois étrangement vaste. Un énorme réfrigérateur s'y dresse, rempli de provisions suffisantes pour tenir facilement tout un hiver, et je m'adosse à sa porte argentée. Parfois je lève distraitement les yeux de la cuisinière tachée de graisse ou des couteaux rouillés : de l'autre côté de la vitre brillent tristement les étoiles. Restent la cuisine et moi. Cette idée me semble un peu plus réconfortante que de me dire que je suis toute seule. Quand je suis vraiment épuisée, je songe avec enchantement qu'au moment où la mort viendra, j'aimerais pousser mon dernier soupir dans une cuisine. Seule dans le froid, ou au chaud auprès de quelqu'un, je voudrais affronter cet instant sans trembler. Dans une cuisine, ce serait idéal. Kitchen, 1996 Banana Yoshimoto, écrivaine japonaise née en 1964

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Banana Yoshimoto : Kitchen (1996) -extrait

Giorgio Morandi — Paysage avec maison rustique (1944)art-moderne

Giorgio Morandi : Paysage avec maison rustique (1944)

Henri Manguin — Paysage à Saint-Tropez (1905)art-moderne

Henri Manguin : Paysage à Saint-Tropez (1905)

Beaux yeux, mes beaux yeux, en prison sous mes cheveux. Le vent entr'ouvre et ferme et secoue la prison. Il fait jour, il fait nuit. Je cours à travers champs. Mes seins, mes seins blancs, en prison sous mes mains. Le vent passe entre les grilles, le vent glisse entre les doigts. Il fait chaud, il fait froid. Je cours à travers bois. Mais ton cœur, et ton cœur, en prison dans mon cœur. Le vent chante et rit et pleure dans la prison. -Entends des portes s'ouvrir et se fermer dans le vent. – Cours à travers champs, cours à travers bois, cours délivrer ton cœur, cours après moi! Ballades françaises, 1904 source du texte : Club des Poètes, sur fb Paul Fort est un poète et dramaturge français[1], né le 1er février 1872 à Reims (Marne) et mort le 20 avril 1960 à Montlhéry (Essonne) Il est l'auteur d'une œuvre poétique abondante, réunie dans les Ballades françaises, mêlée de symbolisme, de simplicité et de lyrisme, utilisant le plus souvent le verset (wikipedia). Surnommé "Le Prince des poètes"

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Paul Fort : L’Amoureuse (1904)

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