art-moderneEthel Spowers : Édition spéciale (1936)
'Is there anybody there?' said the Traveller, Knocking on the moonlit door; And his horse in the silence champed the grasses Of the forest's ferny floor: And a bird flew up out of the turret, Above the Traveller's head And he smote upon the door again a second time; 'Is there anybody there?' he said. But no one descended to the Traveller; No head from the leaf-fringed sill Leaned over and looked into his grey eyes, Where he stood perplexed and still. But only a host of phantom listeners That dwelt in the lone house then Stood listening in the quiet of the moonlight To that voice from the world of men: Stood thronging the faint moonbeams on the dark stair, That goes down to the empty hall, Hearkening in an air stirred and shaken By the lonely Traveller's call. And he felt in his heart their strangeness, Their stillness answering his cry, While his horse moved, cropping the dark turf, 'Neath the starred and leafy sky; For he suddenly smote on the door, even Louder, and lifted his head: – 'Tell them I came, and no one answered, That I kept my word,' he said. Never the least stir made the listeners, Though every word he spake Fell echoing through the shadowiness of the still house From the one man left awake: Ay, they heard his foot upon the stirrup, And the sound of iron on stone, And how the silence surged softly backward, When the plunging hoofs were gone. « Y a-t-il quelqu'un ? » demanda le Voyageur, frappant à la porte baignée de clair de lune ; et son cheval, dans le silence, broutait l'herbe du tapis de fougères de la forêt ; un oiseau s'envola de la tourelle, au-dessus de la tête du Voyageur, et il frappa de nouveau à la porte ; « Y a-t-il quelqu'un ? » répéta-t-il. Mais personne ne descendit vers le Voyageur; aucune tête ne se pencha depuis le rebord bordé de feuillage pour plonger le regard dans ses yeux gris, alors qu'il se tenait là, immobile et perplexe. Seule une foule d'auditeurs fantomatiques, habitant alors cette demeure solitaire, se tenait à l'écoute, dans le calme du clair de lune, de cette voix venue du monde des hommes : ils se pressaient dans les pâles rayons lunaires sur l'escalier sombre descendant vers le hall désert, attentifs, dans l'air agité et frémissant sous l'appel du Voyageur solitaire. Il sentit au fond de lui leur étrangeté, leur immobilité répondant à son cri, tandis que son cheval bougeait, broutant l'herbe sombre sous le ciel étoilé et feuillu ; soudain, il frappa plus fort encore à la porte et leva la tête : « Dites-leur que je suis venu et que personne n'a répondu, que j'ai tenu parole », dit-il. Les auditeurs ne firent pas le moindre mouvement, bien que chacun de ses mots résonnât dans l'ombre de la maison silencieuse, prononcé par le seul homme encore éveillé : oui, ils entendirent son pied sur l'étrier, le bruit du fer contre la pierre, et virent le silence refluer doucement une fois disparus les sabots qui s'éloignaient au galop. source du texte : Wikisource
Walter de la Mare : The Listeners / Les Écouteurs (1912)
art-contemporainChris Lou : Triple Serenity (2020)
Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes ; Midi le juste y compose de feux La mer, la mer, toujours recommencée ! Ô récompense après une pensée Qu’un long regard sur le calme des dieux ! Quel pur travail de fins éclairs consume Maint diamant d’imperceptible écume, Et quelle paix semble se concevoir ! Quand sur l’abîme un soleil se repose, Ouvrages purs d’une éternelle cause, Le Temps scintille et le Songe est savoir. Stable trésor, temple simple à Minerve, Masse de calme, et visible réserve, Eau sourcilleuse, Œil qui gardes en toi Tant de sommeil sous un voile de flamme, Ô mon silence !… Édifice dans l’âme, Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit ! Temple du Temps, qu’un seul soupir résume, À ce point pur je monte et m’accoutume, Tout entouré de mon regard marin ; Et comme aux dieux mon offrande suprême, La scintillation sereine sème Sur l’altitude un dédain souverain. Comme le fruit se fond en jouissance, Comme en délice il change son absence Dans une bouche où sa forme se meurt, Je hume ici ma future fumée, Et le ciel chante à l’âme consumée Le changement des rives en rumeur. Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change ! Après tant d’orgueil, après tant d’étrange Oisiveté, mais pleine de pouvoir, Je m’abandonne à ce brillant espace, Sur les maisons des morts mon ombre passe Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir. L’âme exposée aux torches du solstice, Je te soutiens, admirable justice De la lumière aux armes sans pitié ! Je te rends pure à ta place première : Regarde-toi !… Mais rendre la lumière Suppose d’ombre une morne moitié. Ô pour moi seul, à moi seul, en moi-même, Auprès d’un cœur, aux sources du poème, Entre le vide et l’événement pur, J’attends l’écho de ma grandeur interne, Amère, sombre, et sonore citerne, Sonnant dans l’âme un creux toujours futur ! Sais-tu, fausse captive des feuillages, Golfe mangeur de ces maigres grillages, Sur mes yeux clos, secrets éblouissants, Quel corps me traîne à sa fin paresseuse, Quel front l’attire à cette terre osseuse ? Une étincelle y pense à mes absents. Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière, Fragment terrestre offert à la lumière, Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux, Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres, Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres ; La mer fidèle y dort sur mes tombeaux ! Chienne splendide, écarte l’idolâtre ! Quand, solitaire au sourire de pâtre, Je pais longtemps, moutons mystérieux, Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes, Éloignes-en les prudentes colombes, Les songes vains, les anges curieux ! Ici venu, l’avenir est paresse. L’insecte net gratte la sécheresse ; Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air À je ne sais quelle sévère essence… La vie est vaste, étant ivre d’absence, Et l’amertume est douce, et l’esprit clair. Les morts cachés sont bien dans cette terre Qui les réchauffe et sèche leur mystère. Midi là-haut, Midi sans mouvement En soi se pense et convient à soi-même… Tête complète et parfait diadème, Je suis en toi le secret changement. Tu n’as que moi pour contenir tes craintes ! Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes Sont le défaut de ton grand diamant… Mais dans leur nuit toute lourde de marbres, Un peuple vague aux racines des arbres A pris déjà ton parti lentement. Ils ont fondu dans une absence épaisse, L’argile rouge a bu la blanche espèce, Le don de vivre a passé dans les fleurs ! Où sont des morts les phrases familières, L’art personnel, les âmes singulières ? La larve file où se formaient des pleurs. Les cris aigus des filles chatouillées, Les yeux, les dents, les paupières mouillées, Le sein charmant qui joue avec le feu, Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent, Les derniers dons, les doigts qui les défendent, Tout va sous terre et rentre dans le jeu ! Et vous, grande âme, espérez-vous un songe Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici ? Chanterez-vous quand serez vaporeuse ? Allez ! Tout fuit ! Ma présence est poreuse, La sainte impatience meurt aussi ! Maigre immortalité noire et dorée, Consolatrice affreusement laurée, Qui de la mort fait un sein maternel, Le beau mensonge et la pieuse ruse ! Qui ne connaît, et qui ne les refuse, Ce crâne vide et ce rire éternel ! Pères profonds, têtes inhabitées, Qui sous le poids de tant de pelletées, Êtes la terre et confondez nos pas, Le vrai rongeur, le ver irréfutable N’est point pour vous qui dormez sous la table, Il vit de vie, il ne me quitte pas ! Amour, peut-être, ou de moi-même haine ? Sa dent secrète est de moi si prochaine Que tous les noms lui peuvent convenir ! Qu’importe ! Il voit, il veut, il songe, il touche ! Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche, À ce vivant je vis d’appartenir ! Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d’Élée ! M’as-tu percé de cette flèche ailée Qui vibre, vole, et qui ne vole pas ! Le son m’enfante et la flèche me tue ! Ah ! le soleil… Quelle ombre de tortue Pour l’âme, Achille immobile à grands pas ! Non, non !… Debout ! Dans l’ère successive ! Brisez, mon corps, cette forme pensive ! Buvez, mon sein, la naissance du vent ! Une fraîcheur, de la mer exhalée, Me rend mon âme… Ô puissance salée ! Courons à l’onde en rejaillir vivant ! Oui ! Grande mer de délires douée, Peau de panthère et chlamyde trouée De mille et mille idoles du soleil, Hydre absolue, ivre de ta chair bleue, Qui te remords l’étincelante queue Dans un tumulte au silence pareil, Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! L’air immense ouvre et referme mon livre, La vague en poudre ose jaillir des rocs ! Envolez-vous, pages tout éblouies ! Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies Ce toit tranquille où picoraient des focs ! Éditions de la N.R.F., 1933 source du texte : Wikisource
Paul Valéry : Le Cimetière marin (1920)
art-moderneAlbert Marquet : Le Lac Léman vu de Montreux (1937)
art-modernePierre Bonnard : Marine (1910)
Premier jeudi de chaque mois — gratuit, court, sans pub, sans spam
Je m’abonne →