art-moderneÉmile Claus : Le Châtaignier (1906)
J’ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis, et ma gaieté ; J’ai perdu jusqu’à la fierté Qui faisait croire à mon génie. Quand j’ai connu la Vérité, J’ai cru que c’était une amie ; Quand je l’ai comprise et sentie, J’en étais déjà dégoûté. Et pourtant elle est éternelle, Et ceux qui se sont passés d’elle Ici-bas ont tout ignoré. Dieu parle, il faut qu’on lui réponde. Le seul bien qui me reste au monde Est d’avoir quelquefois pleuré. 1840. Poésies nouvelles (1836-1852), Charpentier, 1857 source du texte : Wikisource
Alfred de Musset : Tristesse (1840)
art-moderneMary Cassatt : Petite fille dans un fauteuil bleu (1878)
Ô Vénus de Milo, guerrière au flanc nerveux, Dont le front irrité sous vos divins cheveux Songe, et dont une flamme embrase la paupière, Calme éblouissement, grand poëme de pierre, Débordement de vie avec art compensé, Vous qui depuis mille ans avez toujours pensé, J’adore votre bouche où le courroux flamboie Et vos seins frémissants d’une tranquille joie. Et vous savez si bien ces amours éperdus Que si vous retrouviez un jour vos bras perdus Et qu’à vos pieds tombât votre blanche tunique, Nos froideurs pâmeraient dans un combat unique, Et vous m’étaleriez votre ventre indompté, Pour y dormir un soir comme un amant sculpté ! 1 mars 1842. Les Cariatides, Alphonse Lemerre, éditeur, 1889 source du texte : Wikisource
Théodore de Banville : À Vénus de Milo (1842)
art-contemporainLuc Tuymans : Diorama LT 015 (2014)
Lorsque la pluie, ainsi qu’un immense écheveau Brouillant à l’infini ses longs fils d’eau glacée, Tombe d’un ciel funèbre et noir comme un caveau Sur Paris, la Babel hurlante et convulsée, J’abandonne mon gîte, et sur les ponts de fer, Sur le macadam, sur les pavés, sur l’asphalte, Laissant mouiller mon crâne où crépite un enfer, Je marche à pas fiévreux sans jamais faire halte. La pluie infiltre en moi des rêves obsédants Qui me font patauger lentement dans les boues, Et je m’en vais, rôdeur morne, la pipe aux dents, Sans cesse éclaboussé par des milliers de roues. Cette pluie est pour moi le spleen de l’inconnu : Voilà pourquoi j’ai soif de ces larmes fluettes Qui sur Paris, le monstre au sanglot continu, Tombent obliquement lugubres, et muettes. L’éternel coudoîment des piétons effarés Ne me révolte plus, tant mes pensers fermentent : À peine si j’entends les amis rencontrés Bourdonner d’un air vrai leurs paroles qui mentent. Mes yeux sont si perdus, si morts et si glacés, Que dans le va-et-vient des ombres libertines, Je ne regarde pas sous les jupons troussés Le gai sautillement des fringantes bottines. En ruminant tout haut des poèmes de fiel, J’affronte sans les voir la flaque et la gouttière ; Et mêlant ma tristesse à la douleur du ciel, Je marche dans Paris comme en un cimetière. Et parmi la cohue impure des démons, Dans le grand labyrinthe, au hasard et sans guide, Je m’enfonce, et j’aspire alors à pleins poumons L’affreuse humidité de ce brouillard liquide. Je suis tout à la pluie ! À son charme assassin, Les vers dans mon cerveau ruissellent comme une onde : Car pour moi, le sondeur du triste et du malsain, C’est de la poésie atroce qui m’inonde. Les Névroses, Fasquelle., 1917 source du texte : Wikisource
Maurice Rollinat : La Pluie (1883)

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