art-moderneThomas Moran – View of Venice (1887)
Entre Rita et mes yeux, un fusil Et celui qui connaît Rita se prosterne Et adresse une prière à la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel Moi, j’ai embrassé Rita quand elle était petite Je me rappelle comment elle se colla contre moi Et de sa plus belle tresse couvrit mon bras Et moi, je me rappelle Rita Ainsi qu’un moineau se rappelle son étang Ah Rita! Entre nous, mille oiseaux, mille images D’innombrables rendez-vous criblés de balles par un fusil Le nom de Rita prenait dans ma bouche un goût de fête Le corps de Rita dans mon sang était célébration de noces Et deux ans durant, je me suis perdue dans Rita Et deux ans durant, Rita a dormi sur mon bras Nous prêtâmes serment autour du plus beau calice, nous brulâmes dans le vin de (nos) lèvres et nous ressuscitâmes. Ah Rita! Qu’est-ce qui aurait pu éloigner mes yeux des tiens, Hormis le sommeil et les nuages couleur de miel, avant ce fusil ? Il était une fois Ô silence du crépuscule Au matin, ma lune a émigré, loin dans ces yeux couleur de miel Et la ville a balayé tous les aèdes…et Rita. Entre Rita et mes yeux, un fusil. Fin de la nuit (Âkhir al-layl / آخر الليل), 1967 Mahmoud Darwich, écrivain et poète palestinien (1941, 2008)
Mahmoud Darwich : Rita et le fusil (1967)
art-ancien-classiquePiero della Francesca – Madonna del parto (1459)
art-modernePaul Signac – Saint-Tropez. La bouée rouge (1895)
Les petits ploc de la pluie dans nos flaques noires rappelleront toujours la nuit des temps. Cette nuit, personne ne la connaît. C’est trop haut c’est trop loin, mais on sait que la pluie a traversé depuis toujours un tambour et un alphabet. […] Il faudra bien finir un jour. Un jour, on ne cherchera plus. On sera des funambules sans un fil, dans les bourrasques du Bon Dieu. Ou dans l’orage de son absence ; ou n’importe où, là où on nous aura trouvés. source : Le Carnet et les Instants Opus 26 suivi de Je cherche mes mots, Le Taillis Pré, 2026 Une tasse d’étonnement : anthologie (1985–2023), Le Taillis Pré, 2026 Lucien Noullez (1957-2023), poète, diariste et critique littéraire belge, grand amateur de musique Mon dieu, tirez de moi ce sang d’encre cette âme poulpe qui me plombe devant le malheur et si vous n’existez pas, faites un effort, trouvez le nuage la plume blanche ou le rire qui vous donne à vivre. Je n’ai plus de demeure en moi, mon dieu, venez dans ce trou qui m’écorche dans cette gorge qui m’écroue, dans la musique qui s’absente, ou bien ne venez pas mais laissez votre solitude verser ma solitude devant vous. […] Qui tracerait la route? Assieds-toi. Même dans cette ville les martinets remuent. Tu entends des clameurs par la fenêtre car il fait assez chaud pour vivre. C’est la nuit. Tu n’es pas seul ou alors tu es tellement seul que tu te penches sur la branche toi, qui ne portes même pas un nom d’oiseau. Qui parlerait, dans ces rumeurs? Un train vieux? Une vieille enfance? Assieds-toi. Pour apprendre à voler il te manque une trace. Assieds-toi. Sur la table commune, il reste une chanson. Prends une chaise, mon ami. source : Des mots et de des notes
Lucien Noullez : Poèmes, extraits (2026)
art-ancien-classiqueMarguerite Gérard et Jean-Honoré Fragonard – Le Chat Angora (1783-1785)
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