art-moderneHeinrich-Maria Davringhausen : The Profiteer (1920)
Père, je m’en vais : je vais jouer dans la mort, père, je m’en vais. Dis adieu à ma mère, éteins la lumière de ma chambre : père, je m’en vais. Dis à l’enfant qui rit là-bas, je ne sais de quoi, peut-être de la vie, mon nom, rien que mon nom range bien mes jouets l’ours avec l’ours, et range le chien près de l’oiseau, quant au canard laisse-le seul, le canard : père, je m’en vais : je vais jouer avec la mort. Il y avait une flamme, oui dans mes yeux, d’avoir tant de nuits veillé, et que personne n’avait su fermer sinon moi ; pardonne-moi, père, s’il n’y avait personne, à part moi : je m’en vais, je m’en vais seul jouer avec la mort. Père, je suis mort, déjà, et quelle obscurité tout cela : pas de lune, pas de soleil, pas de terre ici, père, je suis mort. Nous sommes les morts comme des malades et le cimetière est l’hôpital on y joue au docteur drap blanc et bistouri et des tombes comme autant de lits pour rêver : ils sont si blancs ces os père si blancs : comme rêver. Les autres disent, les plus morts d’entre nous, ceux qui passent un temps fou à se venger ici de Dieu, que le Diable viendra, le bon Diable, qu’il viendra le Diable avec plus de fleurs que personne n’en peut porter. Père, je suis mort, je ne suis pas seul père, je suis mort, j’ai des amis avec qui jouer. Mère, ces baisers que tu reviens me donner dans la tombe me réveillent, me donnent froid j’ai été vivant, je l’ai su maintenant laisse-moi oublier. Père, je suis mort, et la tombe est un berceau bien meilleur père, il n’y a personne, je suis seul père, si un jour à nouveau je retourne parmi vous, père si à nouveau je vis j’ignore de quoi je pourrais rêver. Bonne nouvelle du désastre et autres poèmes Traduction : Victor Martinez et Cédric Demangeot Source: Tessa Fontane-Guerra sur fb
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