Ainsi dire Au fond de soi on écoute des conciliabules de sources ravivées des airs revus à la hausse comme disent les comptables au bout du train-train quelqu’un parle en son for intérieur quelque bègue bavard sans doute qui des anges apprit le langage des gestes rabrouant le tribun perdu aux barbelés de sa harangue entre dire et parler la langue s’émousse de message en boniment les hoquets de la pensée à tiroirs sans fin ramènent à la question Est-ce ma mère que j’entends prier en creux de conque il arriva que l’on célèbre le silence comme germe fondateur d’une poésie à naître loin du cœur entre les pierres au-delà des arcanes et des sables où s’exila le verbe en chair de figue c’était le temps des vagues en trompe-l’œil on s’entendait rêver de chambre en chambre en sommant le sommeil de s’arrêter au pli du paysage quand le chemin à l’invite du vent fait demi-tour on espérait pouvoir amadouer la distance entre ciel et terre comme l’écimeur aux mains calleuses en avait convenu avec les corneilles incorrigibles prometteuses tout cela a vécu tant sous les huées qu’à l’énoncé de nos pauvres mérites alors que nous aspirions à enseigner aux compagnons fourbus à voir plus loin que les bravos glanés au miroir patelin un vœu persiste à la fenêtre matinale où la fillette assise au bord des larmes prononce bleu bleu pour dire violet « que désormais toute fleur meurtrie soit décrite en petites phrases sautillantes » on s’adresse aux arbres une dernière fois on les étreint on leur parle tout bas pour leur faire dire et redire ce qu’ils savent d’en bas et qui hante ce qu’ils savent d’en haut et qui feint. Derrière la lampe, 2012. Écrivain suisse, 1930-2024 source

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Je n’ai pas menti. J’ai dit des choses qui, plus tard, se sont avérées fausses.(watergate, 1978)
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Heinrich-Maria Davringhausen : The Profiteer (1920)

Père, je m’en vais : je vais jouer dans la mort, père, je m’en vais. Dis adieu à ma mère, éteins la lumière de ma chambre : père, je m’en vais. Dis à l’enfant qui rit là-bas, je ne sais de quoi, peut-être de la vie, mon nom, rien que mon nom range bien mes jouets l’ours avec l’ours, et range le chien près de l’oiseau, quant au canard laisse-le seul, le canard : père, je m’en vais : je vais jouer avec la mort. Il y avait une flamme, oui dans mes yeux, d’avoir tant de nuits veillé, et que personne n’avait su fermer sinon moi ; pardonne-moi, père, s’il n’y avait personne, à part moi : je m’en vais, je m’en vais seul jouer avec la mort. Père, je suis mort, déjà, et quelle obscurité tout cela : pas de lune, pas de soleil, pas de terre ici, père, je suis mort. Nous sommes les morts comme des malades et le cimetière est l’hôpital on y joue au docteur drap blanc et bistouri et des tombes comme autant de lits pour rêver : ils sont si blancs ces os père si blancs : comme rêver. Les autres disent, les plus morts d’entre nous, ceux qui passent un temps fou à se venger ici de Dieu, que le Diable viendra, le bon Diable, qu’il viendra le Diable avec plus de fleurs que personne n’en peut porter. Père, je suis mort, je ne suis pas seul père, je suis mort, j’ai des amis avec qui jouer. Mère, ces baisers que tu reviens me donner dans la tombe me réveillent, me donnent froid j’ai été vivant, je l’ai su maintenant laisse-moi oublier. Père, je suis mort, et la tombe est un berceau bien meilleur père, il n’y a personne, je suis seul père, si un jour à nouveau je retourne parmi vous, père si à nouveau je vis j’ignore de quoi je pourrais rêver. Bonne nouvelle du désastre et autres poèmes Traduction : Victor Martinez et Cédric Demangeot Source: Tessa Fontane-Guerra sur fb

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