Pastime with good company I love and shall until I die grudge who lust but none deny so God be pleased thus live will I for my pastance hunt sing and dance my heart is set all goodly sport for my comfort who shall me let youth must have some dalliance of good or ill some pastance Company methinks then best all thoughts and fancies to digest. for Idleness is chief mistress of vices all then who can say. but mirth and play is best of all. Company with honesty is virtue vices to flee. Company is good and ill but every man has his free will. the best ensue the worst eschew my mind shall be. virtue to use vice to refuse thus shall I use me. C'est passer le temps en bonne compagnie Que j'aime et ce, jusqu'à ma mort. La luxure est à plaindre, c'est indéniable Afin de plaire à Dieu ainsi vivrai. Pour mon réconfort passe-temps, chasse, chants et danses Mon cœur préfère Toute occupation convenable, pour mon confort Qui me le permettra ? La jeunesse peut baguenauder Avec de bons ou mauvais passe-temps. Être en compagnie me paraît meilleur Afin de dépasser pensées et imaginations. Car l'oisiveté est la maîtresse en chef de tous les vices. Ainsi qui peut dire que la gaîté et le jeu ne soient les meilleurs. La compagnie, honnêtement c'est la vertu, que s'enfuient les vices. Dans la compagnie, il y a du bon et du mauvais mais chacun a son libre arbitre. Suivre le meilleur, éviter le pire ce sera mon opinion ; Se servir de la vertu, refuser les vices Ainsi j'en userai. Texte de la ballade composée en 1513 par le jeune homme tout juste couronné; il a 22 ans.
Henri VIII : Pastime in Good Company (Passer le temps en bonne compagnie)
Ce qu'il faut de nuit Au-dessus des arbres, Ce qu'il faut de fruits Aux tables de marbre, Ce qu'il faut d'obscur Pour que le sang batte, Ce qu'il faut de pur Au coeur écarlate Ce qu'il faut de jour Sur la page blanche, Ce qu'il faut d'amour Au fond du silence. Et l'âme sans gloires Qui demande à boire, Le fil de nos jours Chaque jour plus mince, Et le coeur plus sourd Les ans qui le pincent. Nul n'entend que nous La poulie qui grince, Le seau est si lourd. Les Amis inconnus, 1934, Gallimard Lisez un autre poème de Supervielle
Jules Supervielle : Vivre encore (1934)
« Il est des péchés ou (appelons-les comme le monde les appelle) de coupables souvenirs qui sont cachés par l'homme dans les recoins les plus sombres de son cœur mais qui demeurent là et attendent. Il peut laisser s'estomper ces souvenirs, faire qu'ils soient comme s'ils n'avaient jamais été, se persuader presque qu'ils ne furent point ou tout au moins qu'ils furent autres. Mais le hasard d'un mot les évoquera soudain et ils se dresseront en face de lui dans les circonstances les plus diverses, vision ou rêve, ou pendant que le tambour de basque et la harpe charment ses sens ou dans la paix fraîche et argentée du soir ou au milieu du banquet, à minuit, alors qu'il est alourdi de vin. Non qu'elle vienne pour le couvrir d'opprobre, cette vision, comme s'il avait encouru sa colère, non pour se venger en le retranchant du nombre des vivants, mais sous le linceul du passé, vêtement pitoyable, en silence, lointaine, vivant reproche. » « Chaque vie, c'est beaucoup de jours, jour après jour. Nous marchons à travers nous-mêmes, rencontrant voleurs, fantômes, géants, vieillards, jeunes gens, épouses, veuves, frères d'amour. Mais toujours nous rencontrant nous-mêmes. » « Des secrets silencieux, pétrifiés, trônent dans les palais sombres de nos cœurs […]: des secrets lassés de leur tyrannie: des tyrans désireux qu'on les détrône. » « Cheminant de par les sables du monde entier, poursuivi par l'épée de feu du soleil, vers l'ouest , longue marche vers les terres du soir. Elle hale, schleppe, traîne, poulie, trascine sa charge. Marée faisant cap à l'ouest, remorquée par la lune, dans son sillage. Marées émaillées de myriades d'îles, en elle, ce sang n'est pas le mien, oinopa ponton, mer vinsombre. Contemple la servante de la lune. Dans le sommeil, le signe humide sonne son heure, la prie de se lever. Lit nuptial, lit d'enfantement, lit de mort, cierge funèbre. Omnis caro ad te veniet. » « Toujours il errerait, contraint, jusqu’aux extrêmes limites de son orbite cométaire, au-delà des étoiles fixes et des soleils variables et des planètes télescopiques, épaves astronomiques égarées, jusqu’à la frontière extrême de l’espace, allant de pays en pays, au milieu des peuples, au milieu des événements. » « Sa visière est levée. Il est un spectre, une ombre à présent, le vent sur les rochers d'Elseneur ou tout ce qu'il vous plaira, la voix de la mer, une voix entendue seulement au cœur de celui qui est la substance de son ombre, le fils consubstantiel au père. » Ulysse, (1922) Source Annabelle Jarry sur fb
James Joyce : Ulysse, extraits (1922)
« Nous devons opposer une barrière au gâchis et à la difformité du monde, au remuement sans fin de ses cohues qui nous foulent aux pieds. Nous devons glisser d'un geste précis le coupe-papier entre les feuilles du livre, faire avec soin des paquets de vieilles lettres noués de rubans verts, et brosser à l'aide d'un petit balai les cendres du foyer. Aucun effort ne doit être épargné pour écarter de nousI'horrible laideur. » « Quelque chose m'a grandi dans le cœur (…). Quelque chose de dur, il ne s'agit ni de soupirs, ni de rires joyeux, ni de phrases souples et ingénieuses ; (…) Ce que je sens est lourd. Je ne puis flotter doucement à la surface, mêlée aux autres êtres. […] » « J'ai posé mon journal sur la table, et je me suis dit que certes nos médiocres vies sans beauté ne se recouvrent de splendeur, ne s'enrichissent d'un sens que sous l'éclairage de l'amour. » « Je dois poser le pied prudemment sur le rebord du monde, de peur de tomber dans le néant. Je suis forcée de me cogner la tête contre une porte bien dure, pour me contraindre à rentrer dans mon propre corps. » « – Le silence tombe goutte à goutte, dit Bernard. Il se forme sur le toit de l'âme et tombe sur le sol en grandes flaques. Seul, seul, seul à jamais, j'entends le silence qui tombe et s'élargit en cercles jusqu'aux suprêmes confins. Repu et satisfait, dans mon lourd bien-être d'homme mûr, moi que la solitude anéantit, je laisse le silence tomber goutte à goutte. » « Ecoutez. Il y a un bruit qui ressemble au choc des wagons sur une voie de garage.C'est l'enchaînement heureux des événements qui se suivent dans nos vies. Toc, toc, toc. Il faut, il faut, il faut. Il faut partir, il faut dormir, il faut se réveiller, il faut se lever – mots sobres, miséricordieux, que nous feignons de traîner dans la boue, que nous serrons tout contre notre coeur, sans lesquels nous serions perdus. Comme nous l'adorons ce bruit qui ressemble au choc des wagons sur une voie de garage! » « J'ai choisi. J'ai accepté les empreintes de la vie, non au-dehors, mais au-dedans, sur mes fibres nues, blanches, que rien ne protégeait. Je suis recouvert et meurtri par les empreintes des visages, des esprits, et des choses, et tout cela est si subtil que cela possède une odeur, une couleur, une texture, une substance, mais pas de nom. Pour vous, qui voyez les étroites limites de ma vie et la borne qu'elle ne peut franchir, je suis tout simplement : « Neville ». mais à mes propres yeux, je suis sans mesures : un filet dont les mailles enveloppent secrètement le monde. Il est presque impossible à distinguer de ce qui l'entoure, mon filet. Il soulève des baleines, des monstres, de blancs amas gélatineux, tout ce qui est flottant, informe. C'est cela que je perçois, que je découvre. Mes yeux s'ouvrent : c'est un livre ; je vois au fond : c'est un coeur. Je vois les abîmes. Je sais de quelle façon l'amour flambe et se tord dans la flamme, et comment la jalousie lance çà et là ses verdâtres éclairs ; et par quelles voies tortueuses l'amour contrarie l'amour; et comment l'amour noue les fils; et avec quelle brutalité l'amour les arrache ensuite. J'ai été noué. J'ai été arraché. » « Comme je suis las des histoires, comme je suis las des phrases qui se posent élégamment sur le sol et marchent d'un pied sûr ! Et comme je me méfie maintenant des dessins soigneusement tracés sur une feuille d'agenda, et qui prétendent illustrer la vie. Je commence à rêver d'un langage naïf comme celui qu'emploient les amants, de mots sans suite, de mots inarticulés, pareils au bruit traînant des pas sur le pavé. Je commence à rêver de dessins plus appropriés aux moments d'humiliation et de triomphe qui nous viennent parfois, indéniablement. Couché dans le fossé par un jour d'orage, après la pluie, je vois d'énormes nuages marcher en bande à travers le ciel, des nuages en haillons, des lambeaux de nuages. Ce qui fait mes délices, c'est leur confusion, leur hauteur, leur indifférence et leur furie. Eternel changement, éternel mouvement de nuages : quelque chose de sulfureux et de sinistre, roulé au hasard, menaçant, traînant, brisé, perdu – et moi, minuscule, oublié dans un fossé. Là, je ne vois aucune trace d'histoire, ni de dessin. » « Pourtant, la vie est supportable, la vie a de bons moments. Lundi est escorté par mardi, puis mercredi leur succède. L'esprit s'élargit d'année en année comme le tronc d'un chêne; le sentiment du moi se fortifie ; la douleur même se fond dans la sensation de cette continuelle croissance. Les soupapes de l'esprit s'ouvrent et se ferment sans cesse avec une précision musicale de plus en plus parfaite; la hâte fébrile de la jeunesse trouve son emploi, et tout l'être semble manoeuvrer avec la perfection d'un mécanisme d'horloge. Avec quelle rapidité le flot nous porte de janvier à décembre. Nous sommes entrainés par le torrent des choses; et ses choses nous sont devenues si familières que nous n'apercevons pas leur ombre. Nous flottons sur la surface du fleuve. » « J'ai envie, alors, après cette somnolence, d'étinceler de multiples facettes, à la lumière du visage de mes amis. J'ai traversé le territoire sans soleil de l'absence d'identité. Un pays étrange. J'ai entendu dans cet instant d'apaisement, cet instant de satisfaction qui efface tout, le soupir de la marée montante et descendante, qui s'agite au-delà de ce cercle de lumière vive, de ce roulement de fureur insensée. J'ai connu un instant de paix immense. Cela peut-être, c'est le bonheur. A présent des sensations m'assaillent et me font revenir en arrière ; la curiosité, la voracité (jai faim) et l'irrésistible désir d'être moi. Je pense à qui je pourrais dire quelque chose : Louis, Neville, Susan, Jinny et Rhoda. Avec eux, j'ai plusieurs facettes. Ils m'arrachent l'obscurité. » « Mais voici qu'un rythme bien connu recommence à palpiter en moi: les mots dormants, les mots immobiles se soulèvent, courbent leurs crêtes, et retombent, et se redressent encore, de nouveau et toujours. Je suis un poète. Je suis certainement un grand poète. Je vois tout ; je ressens tout : le passage des bateaux et celui de la jeunesse, et les arbres lointains « dont les branches retombent comme l'eau des fontaines ». Je suis inspiré. Mes yeux se remplissent de larmes. Mon inspiration bouillonne. Elle devient artificielle, menteuse. Des mots, des mots, et encore des mots… » « J'ai couru, j'ai sauté après les mots qui m'échappaient et traînaient à travers les branches comme la ficelle d'un ballon. Puis, l'immobilité de ma matinée se brise comme un vase fêlé, et reposant le sac de farine, je me dis: "Je suis prise dans la vie comme le roseau dans l'étang recouvert de glace" » « Je veux aller en dessous; visiter les grandes profondeurs; exercer pour une fois mes prérogatives, non pas toujours agir, mais explorer; entendre les sons vagues, ancestraux des branches qui craquent, des mammouths; m'abandonner à l'impossible désir de tenir embrassé le monde entier dans les bras de l'intellect – chose impossible pour ceux qui agissent. » Les Vagues, (1931). Source : Annabelle Jarry sur fb
Virginia Woolf : Les Vagues, extrait (1931)
art-ancien-classiqueCristofano Allori (entourage de) : Portrait de jeune homme (1615)
art-contemporainGeorges Oudot : Nu s’étirant (1950)
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