Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
1 501 artistes • 815 auteurs publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
La démocratie, c’est le bordel des convictions.
…, ami Facebook
Bronzino (Agnolo di Cosimo) — Une allégorie avec Vénus et Cupidon (1545) – huile sur bois
Dans les 800 poèmes publiés par Amavero, ous avons sélectionné trente poèmes d’amour et nous les avons classés en trois courants : 1. L’Élan : la promesse , la métamorphose du monde par l’amour, l’embrasement
2. L’Absence : la distance, le manque, la nostalgie créatrice, la mémoire des corps, la fragilité des séparations
3. L’Intime : le huis-clos amoureux, les rituels, la douceur complice…
Aucune prétention académique dans nos choix, juste nos coups de cœur habituels, sur lesquels, pour une fois, nous avons calqué une structure dont le seul but est de vous aider à mieux rêver à l’amour !…
Pour cela, nous avons aussi activé notre fonction de « résonance » : pour chaque poème, Amavero affiche une œuvre d’art de sa collection qui entre en résonance avec lui.
PS: et pour le clin d’œil, Amavero se sent légitime à publier sa petite anthologie des poèmes d’amour puisqu’en latin son nom est le futur antérieur du verbe amo : j’aurai aimé !…
N’hésitez pas à nous proposer vos poèmes d’amour préférés. S’ils sont validés par le Conseil artistique de l’assocation, nous les publions dans l’Anthologie des poèmes d’amour. Contactez-nous
1. L’ÉLAN
L’amour et la mort intimement liés, dans un drôle de futur.
quand tu m’aimeras
Luc Fayard
quand tu m’aimeras j’ouvrirai la fenêtre sur un nouveau pays à la clarté profonde comme tes yeux la musique des arbres jouera tes partitions le vent frissonnera de ton murmure tes longues mains habilleront l’horizon mon cœur s’envolera en tourbillonnant et devant la croisée de lumière bleue éclairant ma vie je ne sais pas si je respirerai car je pourrai mourir quand tu m’aimeras
Jeff Wall – A Sudden Gust of Wind, after Hokusai (1993) – transparence sur lightbox
Célébration de la jeunesse et de l’amour qui dresse un rempart.
Les enfants qui s’aiment
Jacques Prévert
Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout Contre les portes de la nuit Et les passants qui passent les désignent du doigt Mais les enfants qui s’aiment Ne sont là pour personne Et c’est seulement leur ombre Qui tremble dans la nuit Excitant la rage des passants Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit Bien plus haut que le jour Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour.
L’embrasement de la rencontre dans le secret de la nuit.
Le Baiser
Forough Farrokhzâd
Dans ses yeux, le péché souriait. Sur son visage, le clair de lune brillait. Sur ses lèvres sans parole, Une flamme sans abri riait. Je regardais ses yeux Avec honte et un désir muet Avec mes yeux teintés d’ivresse. Et il me dit : « Il faut récolter les fruits de l’amour ! >> Dans le secret de la nuit pleine de mystères, Une ombre en embrassa une autre Un souffle glissa sur une joue Un baiser s’enflamma entre deux lèvres !
Inventaire infini des dimensions de l’amour, jusqu’au-delà de la mort.
How do I Love Thee? / Comment t’aimé-je ?
Elizabeth Barrett-Browning
How do I love thee? Let me count the ways. I love thee to the depth and breadth and height My soul can reach, when feeling out of sight For the ends of Being and ideal Grace. I love thee to the level of everyday’s Most quiet need, by sun and candle-light. I love thee freely, as men strive for Right; I love thee purely, as they turn from Praise. I love thee with the passion put to use In my old griefs, and with my childhood’s faith. I love thee with a love I seemed to lose With my lost saints, — I love thee with the breath, Smiles, tears, of all my life! — and, if God choose, I shall but love thee better after death.
Comment t’aimé-je ? Laisse-moi compter les façons. Je t’aime jusqu’à la profondeur, la largeur et la hauteur Que mon âme peut atteindre, lorsqu’elle cherche hors de vue Les fins de l’Être et la Grâce idéale. Je t’aime au niveau du besoin quotidien, Le plus discret, à la lumière du soleil et de la bougie. Je t’aime librement, comme les hommes luttent pour le Droit ; Je t’aime purement, comme ils se détournent de la Louange. Je t’aime avec la passion mise à profit Dans mes anciennes douleurs, et avec la foi de mon enfance. Je t’aime d’un amour que j’avais semblé perdre Avec mes saints disparus, — je t’aime du souffle, Des sourires, des larmes, de toute ma vie ! — et, si Dieu le veut, Je ne ferai que mieux t’aimer après la mort.
Richard Claremont — Sunshine and Skyline (2024) – acrylique sur panneau de lin
Les délices du matin dans le sourire de l’aimé
L’Aurore
Emmanuel Aegerter
Éveille-toi, ma belle Amie, éveille-toi ! Ta chair de nacre, ta chevelure flamboyante, Ton sourire ensoleillé et les roses délicats de tes joues, Le vert hésitant de tes yeux et la pâleur de ta gorge, Viens ! viens !… Je veux que tu les contemples toi aussi !…
Regarde!… Voici l’aurore
mots-clés : aurore, sourire, contemplation, amour
Une œuvre en résonance
Joel-Peter Witkin — La Belle et La Bête (2017)
Échappée belle d’un cœur vagabond qui s’ouvre à la nature comme à l’amour.
Sensation
Arthur Rimbaud
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’âme, Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la nature, heureux comme avec une femme.
Henri Matisse — Branche de prunier, fond vert (1948)
Humour du dédain rythmé par une langue inventive et joueuse.
Complainte amoureuse
Alphonse Allais
Oui, dès l’instant que je vous vis, Beauté féroce, vous me plûtes ; De l’amour qu’en vos yeux je pris, Sur-le-champ vous vous aperçûtes ; Mais de quel air froid vous reçûtes Tous les soins que pour vous je pris ! Combien de soupirs je rendis ! De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes Pour les vœux que je vous offris ! En vain je priai, je gémis : Dans votre dureté vous sûtes Mépriser tout ce que je fis. Même un jour je vous écrivis Un billet tendre que vous lûtes, Et je ne sais comment vous pûtes De sang-froid voir ce que j’y mis. Ah! fallait-il que je vous visse, Fallait-il que vous me plussiez, Qu’ingénument je vous le disse, Qu’avec orgueil vous vous tussiez ! Fallait-il que je vous aimasse, Que vous me désespérassiez, Et qu’en vain je m’opiniâtrasse, Et que je vous idolâtrasse Pour que vous m’assassinassiez ! .
Hymne charnel souverain où le tumulte du désir s’accorde à l’immensité de la mer.
Étroits sont les vaisseaux
Saint-John Perse
Amants, ô tard venus parmi les marbres et les bronzes, dans l’allongement des premiers feux du soir, Amants qui vous taisiez au sein des foules étrangères, Vous témoignerez aussi ce soir en l’honneur de la Mer :
I … Étroits sont les vaisseaux, étroite notre couche. Immense l’étendue des eaux, plus vaste notre empire Aux chambres closes du désir.
Entre l’été, qui vient de mer. À la mer seule, nous dirons Quels étrangers nous fûmes aux fêtes de la Ville, et quel astre montant des fêtes sous-marines S’en vint un soir, sur notre couche, flairer la couche du divin.
En vain la terre proche nous trace sa frontière. Une même vague par le monde, une même vague depuis Troie Roule sa hanche jusqu’à nous. Au très grand large loin de nous fut imprimé jadis ce souffle… Et la rumeur un soir fut grande dans les chambres : la mort elle-même, à son de conques, ne s’y ferait point entendre ! Aimez, ô couples, les vaisseaux ; et la mer haute dans les chambres ! La terre un soir pleure ses dieux, et l’homme chasse aux bêtes rousses ; les villes s’usent, les femmes songent… Qu’il y ait toujours à notre porte Cette aube immense appelée mer – élite d’ailes et levée d’armes, amour et mer de même lit, amour et mer au même lit – et ce dialogue encore dans les chambres :
II 1 – … Amour, amour, qui tiens si haut le cri de ma naissance, qu’il est de mer en marche vers l’Amante ! Vigne foulée sur toutes grèves, bienfait d’écume en toute chair, et chant de bulles sur les sables… Hommage, hommage à la Vivacité divine ! Toi, l’homme avide, me dévêts : maître plus calme qu’à son bord le maître du navire. Et tant de toile se défait, il n’est plus femme qu’agréée. S’ouvre l’Eté, qui vit de mer. Et mon cœur t’ouvre femme plus fraîche que l’eau verte : semence et sève de douceur, l’acide avec le lait mêlé, le sel avec le sang très vif, et l’or et l’iode, et la saveur aussi du cuivre et son principe d’amertume – toute la mer en moi portée comme dans l’urne maternelle… Et sur la grève de mon corps l’homme né de mer s’est allongé. Qu’il rafraîchisse son visage à même la source sous les sables ; et se réjouisse sur mon aire, comme le dieu tatoué de fougère mâle… Mon amour, as-tu soif ? Je suis femme à tes lèvres plus neuve que la soif. Et mon visage entre tes mains comme aux mains fraîches du naufrage, ah ! qu’il te soit dans la nuit chaude fraîcheur d’amande et saveur d’aube, et connaissance première du fruit sur la rive étrangère. J’ai rêvé, l’autre soir, d’îles plus vertes que le songe… Et les navigateurs descendent au rivage en quête d’une eau bleue ; ils voient – c’est le reflux – le lit refait des sables ruisselants : la mer arborescente y laisse, s’enlisant, ces pures empreintes capillaires, comme de grandes palmes suppliciées, de grandes filles extasiées qu’elle couche en larmes dans leurs pagnes et dans leurs tresses dénouées. Et ce sont là figuration du songe. Mais toi l’homme au front droit, couché dans la réalité du songe, tu bois à même la bouche ronde, et sais son revêtement punique : chair de grenade, et cœur d’oponce, figue d’Afrique et fruit d’Asie… Fruits de la femme, ô mon amour, sont plus que fruits de mer : de moi non peinte ni parée, reçois les arrhes de l’Eté de mer…
2 – … Au cœur de l’homme, solitude. Étrange l’homme, sans rivage, près de la femme, riveraine. Et mer moi-même à ton orient, comme à ton sable d’or mêlé, que j’aille encore et tarde, sur ta rive, dans le déroulement très lent de tes anneaux d’argile – femme qui se fait et se défait avec la vague qui l’engendre… Et toi plus chaste d’être plus nue, de tes seules mains vêtue, tu n’es point Vierge des grands fonds, Victoire de bronze ou de pierre blanche que l’on ramène, avec l’amphore, dans les grands mailles chargées d’algues des tâcherons de mer ; mais chair de femme à mon visage, chaleur de femme sous mon flair, et femme qu’éclaire son arôme comme la flamme de feu rose entre les doigts mi-joints. Et comme le sel est dans le blé, la mer en toi dans son principe, la chose en toi qui fut de mer, t’a fait ce goût de femme heureuse et qu’on approche… Et ton visage est renversé, ta bouche est fruit à consommer, à fond de barque, dans la nuit. Libre mon souffle sur ta gorge, et la montée, de toutes parts, des nappes du désir, comme aux marées de lune proche, lorsque la terre femelle s’ouvre à la mer salace et souple, ornée de bulles, jusqu’en ses mares, ses maremmes, et la mer haute dans l’herbage fait son bruit de noria, la nuit est pleine d’éclosions… Ô mon amour au goût de mer, que d’autres paissent loin de mer l’églogue au fond des vallons clos – menthes, mélisse et mélilot, tiédeurs d’alysse et d’origan – et l’un y parle d’abeillage et l’autre y traite d’agnelage, et la brebis feutrée baise la terre au bas des murs de pollen noir. Dans le temps où les pêches se nouent, et les liens sont triés pour la vigne, moi j’ai tranché le nœud de chanvre qui tient la coque sur son ber, à son berceau de bois. Et mon amour est sur les mers ! et ma brûlure est sur les mers !… Étroits sont les vaisseaux, étroite l’alliance ; et plus étroite ta mesure, ô corps fidèle de l’Amante… Et qu’est ce corps lui-même, qu’image et forme du navire ? nacelle et nave, et nef votive, jusqu’en son ouverture médiane ; instruit en forme de carène, et sur ses courbes façonné, ployant le double arceau d’ivoire au vœu des courbes nées de mer… Les assembleurs de coques, en tout temps, ont eu cette façon de lier la quille au jeu des couples et varangues. Vaisseau, mon beau vaisseau, qui cède sur ses couples et porte la charge d’une nuit d’homme, tu m’es vaisseau qui porte roses. Tu romps sur l’eau chaîne d’offrandes. Et nous voici, contre la mort, sur les chemins d’acanthes noires de la mer écarlate… Immense l’aube appelée mer, immense l’étendue des eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets, toute la houle au loin qui lève et se couronne d’hyacinthes comme un peuple d’amants !
Il n’est d’usurpation plus haute qu’au vaisseau de l’amour.
mots-clés : amant, désir, alliance, dialogue, aube, immensité, mer
Déambulation romantique sous la caresse du vent, où la lumière des étoiles s’efface devant l’éclat d’un seul regard.
Hier au soir
Victor Hugo
Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse, Nous apportait l’odeur des fleurs qui s’ouvrent tard ; La nuit tombait ; l’oiseau dormait dans l’ombre épaisse. Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse ; Les astres rayonnaient, moins que votre regard.
Moi, je parlais tout bas. C’est l’heure solennelle Où l’âme aime à chanter son hymne le plus doux. Voyant la nuit si pure et vous voyant si belle, J’ai dit aux astres d’or : Versez le ciel sur elle ! Et j’ai dit à vos yeux : Versez l’amour sur nous !
mots-clés : vent, soir, souffle, caresse, jeunesse, regard, rayonnant, hymne, âmeautres poèmes de Victor Hugo (dans Amavero)
Une œuvre en résonance
Françoise Gilot – Self-portrait (Figure In The Wind) (1944)
Cliquez sur le poète qui vous intéresse et vous lirez toutes ses publications recueillies dans Amavero.
Le nuage est conçu pour afficher tous les poètes , de toutes les époques, qui ont publié deux poèmes ou plus dans Amavero et, comme d’habitude dans un nuage de liens, la taille de police du nom de l’auteur est proportionnelle au nombre de ses publications.
Ensuite, nous avons ajouté 50 poètes au hasard qui n’ont publié qu’une fois et dont la liste est renouvelée chaque fois que vous rafraichissez la page de votre navigateur.
Georgia Russell — Remnant II blue (2024) – peintures, œuvres sur papier, acrylique, gouache et peinture en aérosol sur organza, page du livre – Galerie Karsten Greve
Amavero élargit sa publication de poésie contemporaine – au sens large, à partir de 1950, mais il n’y a pas de frontières figées ! – de tous les pays, qu’elle avait un peu délaissée ces derniers temps.
Selon le principe fidèle au site, ce sont toujours des textes coups de cœur, présentés tels quels, sans commentaires, avec si possible la source vérifiée.
Parfois une petite note donne une info précise pour mieux situer le contexte mais le moins souvent possible. C’est au lecteur de se faire sa propre idée.
N’hésitez pas à nous proposer des textes de vos auteurs contemporains préférés, y compris vous-même. Si le conseil artistique d’Amavero les valide, ils seront publiés ! Contactez-nous
J’en sais peu sur la nuit mais la nuit semble en savoir sur moi, et plus encore, elle m’assiste comme si elle m’aimait, elle me couvre la conscience de ses étoiles.
Peut-être la nuit est-elle la vie et le soleil la mort. Peut-être la nuit n’est-elle rien et les conjectures sur elle rien et les êtres qui la vivent rien. Peut-être les mots sont-ils la seule chose à exister dans l’énorme vide des siècles qui nous griffent l’âme de leurs souvenirs.
Mais la nuit doit connaître la misère qui boit notre sang et nos idées. Elle doit jeter de la haine sur nos regards les sachant pleins d’intérêts, de conflits.
Mais il se trouve que j’entends la nuit pleurer dans mes os. Son immense larme délire et crie que quelque chose est parti pour toujours.
Un jour nous recommencerons à être.
Les Aventures perdues (1958). Œuvres, Ypsilon éditeur, 2005. Traduction de l’espagnol (Argentine) : Jacques Ancet.
Poétesse argentine qui se suicide à 36 ans en 1972. Considérée comme l’une des figures les plus marquantes de la littérature latino-américaine du XXe siècle.
Je lis dans ma main, ô Patrie, si douce ta géographie. Ma ligne de vie qui s’élève suit le tracé de tes volcans, puis redescend, ligne de cœur, jusqu’à la base de mes doigts.
Mes mains sont ta superficie, l’image vive de ta peau. Carte de monts. Monts que je veux appeler: Coutchoumatanès¹, cimes qui montrent leur turquoise au saphir de la Mer du Sud.
Que le Tacana², doigt géant, garde l’entrée de la surprise quand le maïs enfin se change en grain comestible pour l’homme, de ta chair céréale humaine.
Le mont diaphane de la Lune est, dans ta main, un lac ancien avec sur ses bords douze temples. De là partit ton peuple enfant — potier, sculpteur ou tisserand — à la conquête de l’aurore.
Poussière de clarté dans l’ombre, harmonie au creux de ma main, ma ligne solaire est la conque profonde où j’entends retentir des fleuves sourds, tels des atlantes, d’autres rapides, suicidés.
J’écoute, l’oreille collée au sol de ta carte vivante que je porte ici dans mes mains, carillonner toutes tes cloches, clignoter toutes tes étoiles,
Pour mon mariage avec ma terre, mes amis, je veux comme anneau une luciole solitaire. Que, l’immense nuit de ma mort, ma tempe dorme sur ma main à la luciole solitaire.
1. Coutchoumatanès (Cuchumatanes): hautes montagnes du Guatemala. Elles servaient de point de repère aux marins dans la mer du Sud. (N. d. T.) 2. Le Tacana (El Tacaná): volcan du Guatemala. (N. d. T.)
Messages indiens (1958) in Poèmes indiens, nrf/Poésie/Gallimard, 2024.. Traduction de Claude Couffon et René L.-F. Durand. 1899-1974, Guatemaltèque, Prix Nobel de littérature en 1967
Merci à la jeune agrégée de lettres Sibylle Fouilland pour sa lecture documentée du poète.
I Homme, contre la mort quoi que l’art te promette Il ne saurait te secourir. Prépares-y ton cœur. Dis-toi, c’est une dette Qu’en recevant le jour j’ai faite, Nous ne naissons que pour mourir. …
III Est-ce vivre! et peut-on sans que l’esprit murmure Se donner tout entière au soin de sa parure? Se peut-il qu’on arrive à cet instant fatal Qui termine les jours que le destin nous prête Sans avoir jamais eu d’autres soucis en tête Que de ce qui sied bien ou mal! Faire de sa beauté sa principale affaire Est le plus indigne des soins. Le dessein général de plaire Fait que nous plaisons beaucoup moins.
IV Lors que la mort moissonne à la fleur de son âge L’homme pleinement convaincu Que la faiblesse est son partage, Et qui contre ses sens a mille fois vaincu : On ne doit point gémir du coup qui le délivre. Quelque jeune qu’on soit, quand on a su bien vivre On a toujours assez vécu. V Que les ridicules efforts Qu’on fait pour cacher la vieillesse Sous l’éclat d’un jeune dehors Marquent dans un esprit d’erreur et de faiblesse! Pourquoi faut-il rougir d’avoir vécu longtemps? Si nos discours, si nos ajustements, Si nos plaisirs conviennent à notre âge Nous ne blesserons point les yeux. Les mesures qu’on prend pour paraître moins vieux Font qu’on le paraît davantage.
VI Non, de quelques côtés qu’on porte ses désirs On ne saurait goûter de plaisirs véritables, Mais tous faux que sont les plaisirs Encore s’ils étaient durables! On plaindrait un peu moins ces cœurs infortunés Qui par leur penchant entraînés Sont en quelque sorte excusables. Quel bonheur quand du ciel les Aspects favorables Font qu’il n’en coûte rien pour être vertueux, Et qu’il faut de raison, de force, Quand on est né voluptueux Pour faire avec les sens un éternel divorce!
VII De quel aveuglement sont frappés les humains! Contre les malheurs incertains Tels que la perte d’une femme, D’un enfant, d’un ami, des trésors, des grandeurs, On croit faire beaucoup de préparer son âme, Et l’on n’aura peut-être aucun de ces malheurs! Mais sans doute on mourra. Cent et cent précipices sont ouverts sous nos pas pour nous faire périr, Cependant au milieu des vices Nous mourons. Sans songer que nous devons mourir.
Poésies. Recueil de 1695. Antoinette du Ligier de la Garde, épouse de Guillaume de Lafon de Boisguerin des Houlières (1638-1694), femme de lettres célèbre du Grand Siècle. Un style et des sujets proches de Jean de La Fontaine, avec un penchant plus désabusé. Merci à Sibylle Fouilland, jeune agrégée de lettres, pour m’avoir guidé vers celle qu’on appelait la « Dixième Muse ».
Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir. A veces, de noche, enciendo una luz, para no ver. 129
Si je pouvais laisser tout comme c’est, sans bouger ni une étoile ni un nuage. Ah, si je pouvais! Si pudiera dejar todo como está, sin mover ni una estrella, ni una nube. ¡Ah, si pudiera! 149
Je suis un habitant, mais d’où ? Soy un habitante, pero ¿de dónde? 190
La vie paraît être deux points, sans points intermédiaires. La vida parece ser dos puntos, sin puntos intermedios. 399
Pour s’élever il faut s’élever, mais il faut aussi qu’il y ait de la hauteur. Para elevarse es necesario ele-varse, pero es necesario también que haya altura. 542
Il regarda tout vers le bas, il regarda tout vers le haut et se dit: « tout est amour perdu ». Miró hacia abajo todo, miró hacia arriba todo y se dijo: « todo es amor perdido que es manos yo nodria ser justo con lados y con 1103
Être, c’est s’obliger à être. Et s’obliger à être, c’est s’obliger à être. Ce n’est pas être. Ser es obligarse a ser. Y obligarse a ser es obligarse a ser. No es ser. 1110
Être en compagnie, ce n’est pas être avec quelqu’un, mais être en quelqu’un. Estar en compañía no es estar con alguien, sino estar en alguien. 1122
Connaître, au début c’est connaître et souffrir; à la fin, seulement souffrir. El conocer comienza siendo conocer y padecer, y termina siendo solamente padecer. 1145
Voces (1943) in Voix réunies, po&psy in extenso, Éditions Érès (2010). Numérotées de 1 à 1182 Ces petites phrases , entre poésie et aphorismes, ont été écrites au jour le jour par Antonio Porchia, italien émigré en Argentine, ouvrier typographe. La première édition de 1943 est imprimée à compte d’auteur et les exemplaires donnés à la Société argentine des écrivains qui les distribue dans les bibliothèques du pays. Les gens commencent à les lire et les recopier. Roger Caillois les découvre en 1947 puis Jorge-Luis Borges et ils les font connaître au monde.
Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits
Luis de León : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)
1 En haut sur la cime Le jardin entier est lune, Lune d’or. Plus précieux le frôlement De ta bouche dans l’ombre.
2 La voix de l’oiseau Que la pénombre recouvre On ne l’entend plus. Tu marches dans ton jardin Quelque chose, oui, te manque.
3 La coupe d’un autre, L’épée qui fut une épée Dans une autre main, La lune de cette rue, Dis-moi, n’est-ce pas assez?
4 Il est sous la lune Le tigre fait d’or et d’ombre Il fixe ses griffes Il ne sait pas qu’au matin Elles ont tué un homme.
5 Triste cette pluie Qui sur le marbre s’égoutte, Triste d’être terre. Triste, n’être pas les jours De l’homme, le rêve, l’aube.
6 N’être pas tombé Comme d’autres de ma race, Au champ de bataille. Être dans la vaine nuit Seul à compter les syllabes.
Les Conjurés,1986 in La Proximité de la Mer, nrf/Gallimard, 2010
NDLR : le tanka ou chant court est un poème japonais traditionnel né avant le haïku (vers 600 ap. J.-C.) , basé sur le rythme 5-7-5-7-7 qui en japonais ne sont pas des syllabes mais des sons, plus précisément des « mores » qui sont des unités de temps. Un tanka en japonais est lu sur un rythme de 8 mesures par vers: 5 mores puis un silence de 3 temps, 7 mores puis 1 silence de 1 temps etc. La traduction française du texte espagnol (Argentine) de Jacques Ancet essaie de s’approcher le plus possible de cette rythmique, sans y parvenir totalement.
Un jour se perd Dans le ciel fait en hâte La lumière ne laisse pas de trace dans la neige Un jour se perd Ouvrir et fermer des portes La graine du soleil s’ouvre sans bruit Un jour commence La brume gravit la colline Un homme descend la rivière Ils se rencontrent dans tes yeux Tu te perds dans le jour Chantant dans le feuillage de la lumière Des cloches sonnent au loin Chaque appel est une vague Chaque vague ensevelit à jamais Un geste une parole la lumière contre le nuage Tu ris et te peignes distraite Un jour commence à tes pieds Chevelure main blancheur ne sont pas les noms De ces cheveux de cette main et de cette blancheur Ce qui est visible et palpable dehors Ce qui est intérieur et sans nom A tâtons se cherchent en nous Suivent la marche du langage Passent le pont que leur tend cette image Comme la lumière entre les doigts ils glissent Comme toi-même entre mes mains Comme ta main avec mes mains ils s’entrelacent Un jour commence en mes paroles Lumière qui mûrit jusqu’à devenir chair Ombre de ton corps lumière de ton ombre Maille de chaleur peau de ta lumière Un jour commence dans ta bouche.
Condition de nuage (1939-1955) in Le Tournesol in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014. Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.
Et comme nous savons déjà qu’il n’existe pas de paradis perdus, il ne nous reste dès lors qu’à être le paradis.
Poésies verticales. 11-21. nrf/Poésie/Gallimard, 2021. Date de publication originale: 1988
Roberto Juarroz
Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)
Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)
John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance
Ajouts d’œuvres d’art moderne (Galerie 6)
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