enfance

j’aimerai tant retrouver
cet esprit d’enfance
pétillant d’impertinence
où l'on peut en même temps
croire impassible
aux infinis possibles
s’asseoir persuadé
que le monde attendra
sentir le vent
ébouriffer sa vie
poser là
son évidence
sa vérité
crue et nue
laisser passer les rêves
dans ses yeux mi-fermés
sans se presser
sans se lasser
en oubliant le temps
l’enfance est sans horloge
sans apparat ni toge
et dans une moue sans rire
montrer qu’on existe
pour le meilleur de l'artiste
et jamais pour le pire

Texte de Luc Fayard inspiré par la sculpture Plume (bronze, 39x28x14cm) de Valérie Hadida. Voir mise en scène dans Galerie Amavero. PS:  nous sommes en attente de la réponse à la demande d'autorisation de reproduction adressée plusieurs fois à l'artiste et à sa gallerie Galry, via Instagram, Linkedin et Facebook et toujours sans réponse. Si vous connaissez l'un(e) ou l'autre, transmettez-leur cette demande, merci !

Poème-affiche

Tous les parfums de l’Arabie,
tous les rêves du sommeil et de la veille,
toutes les aventures vécues ou imaginées,
toutes les expériences nées des œuvres à lire,
à voir ou à entendre,
tous les remous à l’échelle des océans
ou à celle du verre d’eau,
tout ce qui peut n’exister qu’à peine
ou ne pas exister
mais par quoi l’on existe...

Texte: Michel Leiris ; voir mise en scène dans Galerie Amavero avec la lithographie de Joan Miró

La vague de Camille Claudel

La vague devient chair sous le ciel dénudé,
Le long de son corps embrasé se perd le temps,
L’onde enserre la lumière de vert veinée,
Oblitérant de ses doigts le jour en suspens.

Lors, la vague émeraude vomit la colère
Dans la danse de ses lames effrénées,
Se pétrifie dans les coulures de l’éther
Son âme déchue où s’émiettent les trophées.

Les trois belles à l’entour de l’intempérance
Éclaboussent la vague de leur nudité,
Quand leurs cœurs ceints d’onyx vibrent dans les luisances.

La grâce susurre à la vague captivée :
« Sursois à briser mon âme qui bat encore
Dans la danse des corps où vacillent les ors ».

Texte de Laurence Sophie inspiré par la sculpture La Vague ou les baigneuses de Camille Claudel. Voir Galerie Amavero

les mots que j'aime

je ferai un tapis des mots que j’aime
pour que frissonnants tes pieds nus foulent
un grand désordre mué en poème
chavirant ton âme comme la houle

j’accrocherai les mots que j’aime aux arbres 
pour qu’en marchant tu en fasses des fleurs
réunies en bouquets de rose et marbre
veines gorgées de couleurs et d’odeurs

les mots que j’aime partiront au ciel
pour qu’en suivant leur vol tu les transformes
en nuages crémeux comme le miel
cerfs-volants dansant sur de libres formes

je ferai un voilier des mots que j’aime
je prendrai ta main avec eux en mer
et le soir nous goûterons nos poèmes
le soleil roux souriant sur nos vers

sais-tu les mots que j’aime seront là
quand je partirai vers le grand secret
créant une passerelle avec toi
où nous marcherons ensemble à jamais

Texte de Luc Fayard, illustré par Reading, de Julius LeBlanc Stewart et Les Chants de Maldoror, de Salvador Dali : voir les diffémises en scène dans Galerie Amavero, dans Poésie de l'Art et dans instagram @lucfayard.poete

vieux poète

deux fois trente ans
de mes mots flamme
épars au vent
me forgent l’âme

la litanie
du mot qui craque
écrit ma vie
le cœur en vrac

écrit pour le concours Litt'oral 2024 dont le thème était "J'ai trente ans".
Texte de Luc Fayard illustré par "Paris, les bouquinistes" d'Eugène Galien Laloue: voir la mise en scène dans Galerie Amavero et dans instagram @lucfayard.poete
Conseil: une fois sur les poèmes, passez d'un texte à l'autre avec les flèches du clavier